Chacun(e)
le sait, en France l’homophobie n’est pas un délit. " Les
pédés au bûcher ", slogan tristement célèbre,
brandi par les anti-pacs à la manifestation du 31 janvier, pourra
être proclamé à nouveau en toute impunité.
Aujourd’hui, certains médias
trouvent cela plus anormal qu’au moment des faits (tiens...). Le dossier
Gay Pride de Libération (j’aime ce mot... c’est aussi un
titre de journal...) faisait un bref état des lieux de l’homophobie.
Plus surprenant et plus réjouissant encore, le très austère
Monde (encore un titre...) titrait son éditorial du 26 juin "
Combattre l’homophobie " et le terminait ainsi : " Leur bataille
est aussi la nôtre " (snif...c’est beau!). Une page se tourne.
Une nouvelle fois, ce réveil tardif des médias est bien
le résultat de la dénonciation de l’homophobie depuis 6
mois, par les associations homosexuelles - homosensuelles. Sans la réaction
des PD et des lesbiennes eux-elles-mêmes, ce slogan (véritable
invitation au crime) n’aurait dérangé personne, ce qui paraît
inquiétant (non?) . Grâce à ce travail de sensibilisation,
le débat public sur l’homophobie prend forme. Première pierre
à cet édifice, un colloque , dont les journaux précités
se sont fait l’écho, a eu lieu à AIDES Paris le 19 juin
dernier. Le thème : comment définir et combattre l’homophobie?
Certain(e)s, au nom d’une certaine liberté d’expression ou de la
presse, s’interrogent sur la pertinence de punir l’incitation à
la haine homophobe. D’autres, dont je suis, pensent que la pénalisation
de l’homophobie ne doit pas se limiter aux seules insultes ou violences,
mais doit être élargie à l’homophobie discursive de
certain(e)s intellectuel(le)s supposé(e)s bien-pensants. D’autre
enfin passent à l’action. Ainsi des associations des regroupements
d’action queer, pensent à des actions par voie d’affiche dans les
établissements scolaires avec des débats sur l’homophobie
et le coming out... ProChoix et le Centre Gay et Lesbien de Paris, avec
à sa tête Caroline Forest, ont créé un "
fonds de lutte contre l’homophobie ". Ils s’expliquent : " que
les homophobes se le tiennent pour dit, les années à venir
vont changer.(...) Grâce à une équipe d’avocats motivés
mais surtout grâce à l’argent récolté, nous
espérons au plus vite engager des poursuites contre toute incitation
à la haine homophobe nous parvenant, notamment celles parues il
y a moins de trois mois dans la presse d’extrême droite. Finis les
complexes de sous citoyen(ne)s habitué(e)s à se laisser
traîner dans la boue. Finie l’impunité. Si la loi ne nous
convient pas, il faut la changer la loi. Désormais, à chaque
fois que quelqu’un(e), un groupe ou un journal, aura une attitude homophobe,
nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les traîner en
justice.(...) Il ne manque que le nerf de la guerre. Des dons versés
dans une caisse commune destinée à financer les frais de
justice (une affaire coûte environ 10000 f). Des affaires sont déjà
en cours contre le journal d’extrême droite Présent,
pour diffamation le 14 juin dernier, suite à la publication dans
ce journal d’un dessin représentant un couple de mecs, bras tendu
vers un enfant, lui disant : " viens mon petit, on va t’accueillir
à draps ouverts ". On retrouve la fameuse équation
homosexualité = pédophilie le 17 juin, Présent
faisait paraître de nouveaux dessins du même genre, entraînant
de nouvelles plaintes. On peut se demander si c’est au travers de procès
ou des modifications législatives qu’évolueront les sujets
sur l’homosexualité-sensualié.
Néanmoins, la médiatisation
voulue par ProChoix et le Centre Gay et Lesbien de Paris ouvrent le débat.
Ils s’attaquent pour l’instant à l’extrême droite. Ce choix
ne doit pas nous faire oublier qu’il existe des homophobes à combattre
sur tout l’échiquier politique. Je suis sûr qu’on peut faire
appel à tous et à toutes (les milliTanTes) et pourquoi pas
faire appel aux artistes, à toute forme d’expression singulière,
comme le théâtre de l’Opprimé à Nantes le 17
juin qui a organisé un théâtre forum : - les discriminations
à l’égard des personnes homosexuelles - homosensuelles (la
voisine... un collègue... mon ami... notre enfant...) je ne doute
pas de leurs engagements. Egalement réussir à reconnaître
et soutenir les personnes victimes d’agression homophobe.
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