Par
Juanita
CAMELEONE
Toulouse 22 et 23 janvier 2000                             
      Ce n'est pas très facile de faire un résumé du colloque Queer de Toulouse. Plein de choses ont été dites, l'écoute et les échanges ont été riches.
Je vais transcrire mes petites notes que j'ai prises. C'est brouillon, j'espère compréhensible. Une partie des personnes présentes étaient universitaires, socios, écrivainEs, chercheuses, chercheurs, militantEs associatives ou non.
J'ai beaucoup aimé les interventions de lesbiennes militantes et/ou radicales, féministes. Leurs questions, reflexions et positions étaient pertinentes, ce qui permettait une grande qualité des débats.

QUEER



      Le samedi matin, les études queers ont été présentées comme des études sur la transversalité des genres et des sexualités.
Il a été proposé qu'on travaille sur les termes, dans la non-mixité ou par affinité, afin de construire des stratégies d'alliances.
Différents groupes de discussions ont été proposés pour l'après-midi : un groupe lesbienne, un groupe pour celles et ceux qui ne se sentent ni trop féminin ni trop masculin, des groupes trans-âges, gays, bisexuelLEs, et d'autres dont je ne me souviens pas.

NI MASCULIN NI FEMININ



      Je suis allé dans le groupe "ni trop féminin ni trop masculin".
Ce groupe a été proposé par un garçon qui se sentait un coté masculin (actif) et un coté féminin (sensible). Il estimait que la notion de sexe n'était pas pertinente.
A partir de cela, plusieurs choses ont été dites:
Que la féminité ou la masculinité sont associées à des comportements plutôt qu'à un statut biologique, que ce sont des notions subjectives ;
Que le ressenti associé au féminin, l'action au masculin, sont des représentations qui ne sont pas réelles ou ressenties. Ce sont des représentations culturelles limitées ;
Que, finalement, la sensibilité n'est pas spécialement féminine. Pourquoi serait-elle féminine ? La possibilité de gestation, par exemple, est féminine ;
Que les catégories masculin/féminin ne sont pas gênantes, c'est leur hierarchisation qui le sont, le problème étant la valorisation du masculin;
Qu'on est homme, femme, ou lesbienne, gay, que dans un cadre comportemental limité ;
Que les minorités culturelles (femmes, ethnies, lesbiennes, gays...) doivent se regrouper pour exister, se faire reconnaitre, être visible. C'est pourquoi l'individualisme identitaire entre gays et lesbiennes est dangereuse pour notre reconnaissance sociale commune ;
Qu'on se définit identitairement par différence, par opposition à ;
Que l'enjeu de toutes les "grandes" civilisations est sa reproduction d'où les préjugés lesbo-homophobes, par crainte de mourir.

      Plusieurs interrogations se sont posées :
qu'est-ce qui fait que je me sens féminin ou masculin ?
Le masculin/féminin est-il une façon de penser, de ressentir les choses ?
Pourquoi doit-on se penser dans le dualisme masculin/féminin, homme femme, présenté comme concept universel, L'universel ?
Comment se fait le passage entre le ressenti (intérieur) et l'image sociale (extérieur)?

      Comme il y avait trois peléEs et deux tonduEs pour les groupes "gay" et "ni féminin ni masculin", nous nous sommes regroupéEs. L'impossibilité de pouvoir réunir un groupe non-mixe gay a été remarquée.


PéDé



      Entre deux discussions, une copine m'a interpelé sur le mot "pédé", puisque ce mot, même réapproprié par nous, entretient l'imaginaire homophobe qui associe sexualité homo avec pédophilie.
Les insultes comme "tapette", "tarlouze", etc, réappropriées n'ont pas les mêmes résonnances...


MICHELE CAUSSE



      Le dimanche matin, Michèle Causse, écrivaine lesbienne radicale, nous a fait un exposé sur l'androlecte, dialecte masculin. A partir de recherches, et tout en créant le vocabulaire nécessaire à son analyse, Michèle Causse nous à démontrer, entre autre, comment le langage androlecte enracine, perpétue et véhicule indéfiniment la domination masculine, situe et immobilise les places genrées.


ET PUIS...



       La matinée s'est poursuivi avec un exposé de Daniel Welzer-Lang sur l'homophobie et l'hétérosexisme..
Puis Natacha a fait un exposé sur la théorie radicale, inspirée du modèle de Nicole Claude Mathieu, au sujet de la déconstruction des catégories des sens communs (notion de genre) qui remet en question la complémentarité des deux sexes. Elle nous a présenté les différents courants féministes: existencialistes, essentialistes, constructivistes.
Puis elle a parlée de la mysoginie dans les scènes gays, du travestisme et de la follitude comme façon pour les tantes de se démarquer de la clique des hommes, et ressentie comme caricaturale par les femmes. Là, j'avais préparé un petit texte sur les folles, sur leur place dans la cave des hommes, que je retravaillerai pour le prochain BangBang. OK ladizz ?! Ne brûlez pas d'impatience !
Françoise nous a informée que la politique policière du degrés de tolérance zéro expérimentée à New-York depuis quelques années, s'organisait aujourd'hui à Lyon. Son objectif est de réprimer les petits désordres afin de supprimer la petite délinquance, puis la grande. Les premières personnes touchées sont les prostituées et les travestis qui sous prétexte de l'arrivée de filles des pays de l'est et de la mafia, sont de plus en plus contrôlées, réprimées.
Puis, elle est intervenue sur la place des femmes dans les scènes gays, sur la mysoginie ambiante, en prenant l'exemple d'un groupe de prévention sida.
Un texte d'un groupe de femmes féministes de Cabiria (association lyonnaise de santé communautaire pour les personnes prostituées) a été lu. Il y était proposé que les groupes féministes reconnaissent les transexuelles (hommes devenus femmes).


ZOO



      Dans l'après-midi, Marie-Hélène Boursier et Béatrice, nous ont exposé l'historique et les théories queer.
Intéressant, même si j'ai discrètement (je l'espère !) piqué du nez...
Théories dont nous aurons certainement l'occasion de tchatcher... et de mettre en pratique.
L'idée d'écritures de textes pour la publication d'un bouquin l'année prochaine (an zéro-un) a été lancée, via internet. Je ne sais plus sur quel e-mail c'est...

      Voili voiçà ! J'ai passé un délicieux weekend, ce qui m'a flanqué un cafard à suffoquer lorsqu'il a fallu me résigner à retourner dans la pâle réalité à pathologie hétéro.
Comme si j'aurais aimé que ça ne s'arrête plus jamais...

Il faudra bien que ça change un jour !
Bizoux à toutes !

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