Le chemin qu'il reste
à faire...

sommaire du dossier COMING OUT

Quand j'ai lu dans BangBang 3 que le sujet du dossier de BangBang 4 serait le " Coming-Out ", je me suis demandé ce que je pourrais bien dire sur le sujet qui n'ait déjà été épuisé par les magazines gays bien-pensants dont c'est un des sujets préférés en ce moment. Mais finalement c'est la visibilité des histoires de pédés qui est en jeu alors j'ai pris ma plus belle plume et j'ai décidé, modestement, de raconter mon coming-out à moi.
Rien que d'y penser, ça m'a remonté plein de souvenirs douloureux que j'avais laissés croupir au fond de ma mémoire et sur lesquels je ne voulais pas revenir. Cela m'a quand même fait du bien de voir que je n'avais pas oublié les angoisses, les mal-êtres qui tournaient autour de mon coming-out. Je me suis rendu compte qu'il était super important de garder dans sa tête son histoire de pédé, si douloureuse soit elle.
Définir le coming-out est assez difficile comme on s'en est rendu compte au cours d'un atelier sur ce sujet pendant la croisière 5. Tout le monde n'était pas d'accord pour dire si le coming-out se faisait en plusieurs fois ou s'il s'agit d'un moment ponctuel quand un pédé 'avoue' (comme les hétér@s disent!) son homosexualité à ses parents, ses amis, ses collègues de travail... Tout ça était un peu flou (pour moi en tout cas) mais on était tous-tes d'accord pour dire que ça avait été un moment difficile qui avait laissé de profondes cicatrices.
Moi, j'ai mis mes parents au courant quand j'avais 19 ans. On peut dire que j'ai eu de la chance puisqu'ils ne m'ont pas foutu à la porte comme tant de copains et de copines. Chez moi, il n'y a pas eu de clash. A l'époque je m'estimais heureux d'avoir des parents si tolérants. Mes parents ne m'ont pas rejeté moi mais mon homosexualité, oui. Leur réaction, motivée par des valeurs de tolérance politiquement correctes, à la mode en l'an 2000, et qui produisent de l'indifférence face à la différence, nous ont tous-tes (dans ma famille) plongés-ées dans un mutisme et un manque de communication sur ce sujet navrant et qui m'ont enfermé dans le silence. Ils savaient que j'étais pédé mais on n'en parlait pas parce que c'est quelque chose dont on ne parle pas un point c'est tout; la honte de la famille. Finalement, mon coming-out auprès de ma famille m'a un peu soulagé mais a rendu l'atmosphère encore plus tendue et ne m'a sûrement pas aidé à construire mon identité en tant que pédé. Toutes ces années passées chez eux, malgré leur foutue tolérance, n'ont fait que m'empêcher de vivre.
Cette tolérance, que beaucoup de gays et lesbiennes acclament à grands cris, je l'ai vécue comme une oppression. Elle ne fait que nous enfermer un peu plus dans nos placards, nous reléguant dans l'indifférence générale. Elle nous fait croire que l'homosexualité est mieux acceptée qu'avant mais elle est tout juste mieux tolérée, ce qui n'est pas mieux.
La société nous pousse du pied dans nos placards comme on pousse la poussière sous le tapis, laissant des fois la porte entr'ouverte sous couvert de tolérance vis-à-vis de l'homosexualité nor-mâle qui impose aux pédés de se conformer aux modèles masculins hétérosexistes et qui ne doivent surtout pas se conduire comme des folles hystériques et délurées qui ne méritent pas d'avoir une bite entre les jambes.
Ne rêvons pas, sortir du placard est plus facile pour des pédés qui ressemblent à des mecs que pour tous-tes les autres. Il est toujours aussi dangereux de se promener dans la rue en adoptant une façon différente de marcher, de parler, de baisser les cils ou d'assumer un certain goût pour le vernis à ongle et les robes... qu'il soit 14H ou 3H du matin. Notre sexualité dégoûtante n'est tolérée que si elle ne se voit pas.
Je vois le coming-out comme une épreuve super dure dans la vie d'un pédé mais autant que mon expérience perso puisse me le permettre, je crois qu'il ne doit pas être un consensus et ne doit pas ouvrir sur un gay-tto qui n'est qu'un autre placard. Ce que je veux dire c'est qu'il ne faut pas laisser la société définir pour nous le genre de coming-out qu'il faut faire, ce coming-out qui représente symboliquement ce que la société veut bien nous accorder et dont on est censé se contenter, ce coming-out bien-comme-il-faut, qui ne dérange pas et nous empêche d'exister.
C'est dire le chemin qu'il reste à faire!

Par Lady Di-Les-Tantes

 

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