Pourquoi je n'ai pas fait mon com-ing out plus tôt?

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D'accord, je vais donc essayer de pondre un article sur le coming-out. Le mien me semble complexe au point que je ne sais où commencer. C'est la première fois que j'entreprends l'initiative d'en faire de l'écrit.

Pourtant je pense avoir carrément l'habitude d'en parler, c'est chaque fois une nouvelle expérience. Il y a quelques années, j'avais vraiment besoin d'en parler et d'écouter des gens parler de leur coming-out. A ces moments-là, je partageais quelque chose de formidable, de lumineux et coloré avec ces gens, ces Pds... oui, Pds... avec qui d'autre? D'accord, j'avais toujours assez peur des mecs en général, mais ce que je pouvais vivre en discutant avec des Pds, c'était hyper fort. Impossible de vivre la même force avec mes meilleurs copains hétéros ou bis, ou avec ma meilleure copine.

C'était d'ailleurs dans le milieu gay associatif que je découvrais les conversations dont j'avais tellement besoin. J'arrivais enfin à parler de moi, pour la première fois. Je ne parlais pratiquement que de mon passé, mais je parlais de moi. Il m'a bien fallu de l'apprentissage, petit à petit. En fait, je n'avais même pas envie de cet apprentissage. Je n'avais pas le choix. Mon coming-out, je l'ai fait, pas parce que je voulais. Non, je ne voulais pas, rien de tout ça. Mais je ne voyais plus d'autre alternative au suicide. Je ne pouvais plus, j'étais arrivé au bout de mes forces dans la lutte contre mon homosexualité.

D'accord, je l'ai fait mon coming-out, et j'en avais quand même honte. Mais voilà qui était fait... il a fallu que je change de conception du monde d'un jour à l'autre. Je chialais pendant des jours.

Des années plus tard, je me suis d'ailleurs assez bien retrouvé dans un personnage du film " Les roseaux sauvages " d'André Téchiné. Une scène assez courte me parlait énormément. C'était le monologue d'un garçon qui affronte le reflet d'une glace de salle de bain. " Je suis un PD " répète-t-il à plusieurs reprises, d'abord très doucement. Son monologue monotone est d'union captivante. Ça me touchait à mort. Les larmes me gâchaient la vue. Je me sentais si seul au fond du fauteuil de cinéma. Et ça m'arrivait encore plus régulièrement à l'époque qu'aujourd'hui avec les films gay. Je pense notamment à " Maurice ", " My beautiful laundret " et " Torch song trilogy ".

Quelques mois " après " mon coming-out, je me suis fait mon premier festival gay. Certains films n'arrivaient pas à stimuler mes larmes. " Querelle " de R. W. Fassbinder, je n'y comprenais rien, à l'époque, il m'écœurait plutôt. Mais un autre ne me laissait pas indifférent: " Le pervers, ce n'est pas le PD mais la société dans laquelle il vit " du réalisateur radicalement pédé Rosa von Praunheim. Un film des seventies, qui l'aurait deviné...

Oui, je prenais conscience, à cette époque, de pas mal de mécanismes socio-polititques. La même année, je me suis fait aussi ma première LGP. On commémorait la descente de flics dans le " Stonewall Inn " à Christopher Street, Grennwich Village, N.Y.C en 1969. Et j'étais fier de mon copain d'époque, un des premiers séropos à être médiatisés dans ma région. Et pour la première fois, à cette L.G.P, j'ai vu des squaTantes anarchistes radicalement pédales hurlantes. Rien que de les voir me réchauffait soudain le cœur. Elles étaient aussi belles que trash portant un drapeau rose à l'étoile noire. En tant que démocrate gauchiste luttant pour la paix au Golf par moyen de manifs à bougies, je ne comprenais finalement pas vraiment grand-chose à l'anarchisme. Mais j'étais quelque part prêt à apprendre. A cette L.G.P j'ai même parlé à une des squaTantes, ce dont j'étais fier, d'autant plus qu'elle venait d'une grande ville lointaine. Je la trouvais vachement libérée, beaucoup plus avancée dans la vie que moi. Ça me faisait peur et je n'ai pas eu le courage de garder ce contact. Je me trouvais nulle, je me sentais laid, j'avais peur et je ne me l'avouais pas. J'aurais voulu être forte comme elle, la première squaTante de ma vie. J'ai d'ailleurs appris récemment qu'elle est morte l'année passée.

D'accord, pour tout plein de raisons, je regrette de ne pas avoir fait mon coming-out plus tôt. Au bout du compte, c'est clairement la société hétéronormative qui en est responsable.
Et alors?
Et alors quoi?
Et alors on se revoit tout les six mois à la Croisière pour des vacances et c'est tout? On retourne chacun dans son bled en étant un peu plus triste mais plus conscient et politisé qu'avant??? Mais je ne me conTante pas de si peu, je veux plus...

Par Mary Long elle-même

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