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Dans
le précédent numéro de BangBang, Lexomylène
van Cicatrice proposait que le César de l'homophoboue soit décerné
aux éditions L'INSOMNIAQUE suite à la publication de leur
ouvrage (livre + CD) contre les prisons " Au pied du Mur, 765 raisons
de détruire toutes les prisons ". En effet, parmi les groupes
qui jouent sur le CD, La Haine en Fusion Featuring Toxine toaste :
"Il
se passe pas un jour sans cette peur sans la chkoumoune/ Mêlé
au pédés et pédos, fais gaffe à la douche
commune" Dans ce numéro de BangBang, Cunégonde Castafiotte écrit aux éditions de L'INSOMNIAQUE. |
ChèrEs
insomniaques,
Puisque vous
êtes dans l'édition d'ouvrages et d'idées, vous
connaissez la valeur des mots, vous savez à quel point ils sont
beaux ou cruels, vivifiants ou assassins. C'est pourquoi il est intéressant,
et urgent, de publier des textes pour en finir avec les prisons. Par contre,
ce qui m'ulcère le ventre c'est cette habitude qu'ont les révolutionnaires
de garde à s'imaginer cette transformation sur la peau des femmes
(1) ou des pédés. La prison
commence là où l'enfance s'achève comme vous l'écrivez
si bien-pensant sur votre quatrième de couverture. En grandissant,
il m'a fallu comprendre pour ne pas me foutre en l'air. Ce qui m'énerve
aussi jusqu'au bout des doigts dans ce que vous publiez c'est que vous
mélangez les pédés et les pédos. Je ne suis
pas sûr que Christine Bouh ou Philippe des chouans fassent encore
cette erreur de perception. Peut-être Le Figaro, et encore... Il y a des idées, comme ça, qui s'ancrent. Qui s'agrippent. Qui dégoulinent. Et comme vous, alors, je me demande : Méritons-nous le placard ? " la punition sous le bureau du maître ? la claustrophobie de l'imaginaire? " (Cf. 4ème de votre couverture). Pour moi c'est non. Franchement, on doit pas avoir les mêmes références ou les mêmes sources d'informations. On doit, alors, rarement parler de la même chose... dieubéni ! Par exemple,
moi, je lis assez souvent Marie-Claire, le magazine. C'est un mensuel,
je le lis presque tous les mois. Il y a, en effet, peu de chance que
vous le lisiez, mais je ne vous en veux pas. Pourtant, si vous aviez
acheté ou volé le numéro d'août 2000, vous
auriez pu y lire, page 80, ceci : " 22 250, c'est le nombre d¹enfants
qui ont été maltraités en France en 1998. 16 434
ont été violentés sexuellement, et 102 tués.
4 sur 5 ont entre un mois et douze ans, et 92% des auteurs de maltraitance
font partie de la famille... ". Par conséquent,
je trouve que c'est dégueulasse de publier une phrase ou une
idée qui ment. D'autant plus si elle suggère le lynchage. Ce qui m'énerve aussi jusqu'au bout de mes ongles vernis c'est que la petite phrase, écrite si petite qu'on la voit à peine, assimile d'abord les pédés aux pédos, puis les pédés à des violeurs sous la douche. Comme si les hétérosexuels étaient aujourd'hui victimes du non-choix de leur sexualité, en dedans ou en dehors des prisons. Je suppose que c'est vraiment très récent comme phénomène. J¹en avais encore jamais entendu parlé. Je vous envoie donc quelques textes qui vous expliqueront mon aigritude et mon enfermement, ainsi que ma colère (contre les hétéroflics et les hétéromatonNEs, entre autres). Je vous envoie
une photocopie du texte adresse à ceux qui se croient "
normaux "², issue du Rapport contre la normalité, du
FHAR, que les éditions du Champs Libre avaient publier en 1971.
C'était il y a longtemps, mais c¹est beaucoup plus rafraîchissant
et subversif que votre toute petite phrase qui se coince dans mes nerfs.
Ce texte me fait rêver, il me donne de la force, il me fait briller
les yeux comme scintillent ceux des mômes. Contrairement à
vous. Je n'ai pas
les moyens de faire des photocopies en double. Si ça vous emmerde
pas, vous pourrez en faire pour le groupe La haine en fusion featuring
toxine. Ca rongerait un shouya les murs de ma prison, dont ils sont (vous êtes) les matonNEs. Je doute de beaucoup de choses, mais si j'ai pris le temps de vous écrire ceci c'est parce que je sais. Parce que les tapettes, les pédés, les travelottes, les fiottes, les tarlouzes et autres étrangetés savent, puisque nous en payons une partie du prix, tous les jours. J'ai mis plusieurs semaines avant de me décider à faire ce courrier, parce que j'ai plein de choses à faire beaucoup plus rigolotes, et que j'ai vraiment pas envie de me faire chier avec des gayphobes. Surtout que ça me donne encore l'impression d'avoir à justifier mes idées banales, et mon existence. 13
septembre 2000. (1)
lire page 106 de Le lundi au soleil, Recueil de textes et de récits
du " mouvement des chômeurs " cahier n°1, où
le viol collectif de Dorothée est proposé comme arme de
guerre et/ou comme étape intermédiaire pour un monde meilleur. Psssst... cette lettre sera photocopiée et distribuée à qui veut bien la lire. |
"Nous
avons l'intention de détruire toutes les machines policières.
Nous avons l'intention d¹en finir avec les machines de contrôle
et d'éliminer tous les casiers judiciaires. Nous avons l'intention
de détruire tous les systèmes dogmatiques et les vieilles
ordures verbales. Nous allons déraciner le bloc familial et sa
cancéreuse expansion, tribus, pays, nations, et assécher
sa source-légume. Nous ne voulons plus entendre le baratin de la
famille, le baratin de la mère, le baratin du père, le baratin
du flic, le baratin du prêtre, le baratin de la patrie, le baratin
du partie comme celui du camarade.
Pour m'exprimer d¹une façon pécore facile, je dis que nous avons entendu suffisamment de merde à ce sujet." W.S. Burroughs, Les garçons sauvages. |