Par Madame Jean-Paulka Rbone XIV
1er épisode |
Dans
le salon de la maison, l'atelier sur les "mecs bisexuels"
avait plutôt bien commencé. Ils s'en prenaient plein la
gueule, se faisaient critiquer, insulter et moquer.
Nous cancannions à fond. Nous avions besoin de nous faire du bien. De nous venger. La plupart d'entre nous étions souvent tombés amoureux de ces êtres peu sensibles. Nous avions couché avec eux, nous les avions sucés, nous avions bouffé de leur sperme qui n'avait pas toujours été le meilleur, pour que, finalement, ils finissent par nous abandonner. Sans un mot, ou avec peu d'explications, puisque la majorité d'entre eux n'aimaient pas qu'on leur prenne la tête. Suite à leur dévergondade, ils couraient alors chez eux, les aisselles mouillées, les yeux vides et l'haleine fétide, suant honte et culpabilité, afin d'accomplir avec maniaquerie leur diktat paternalothoritaire, et ainsi contribuer au gigantesque et délirant projet moisi de la famille hétérosexuelle. Ces histoires amères plombaient nos coeurs sucrés de tarlouzes. Nous avions mangé du goudron et des plumes, ce que les bisexuels ne sont même pas capables de faire dignement non plus. Parce
qu'il fallait politiser nos colères, nous nous étions
mis d'accord sur quelques points : Il
y avait bien là, allongé sur un des canapés installés
en cercle, afin qu'on puisse se voir et savoir qui cause, un petit emmerdeur
qui se prenait pour un grand malin en nous disant que "non"
les bis ne sont pas tous pareils ou qu'il en existait aussi des sympas.
Ce que d'aucun d'entre nous n'avaient encore constaté jusqu'à
ce jour. Le grand malin nous rappelait qu'il y avait différents
types, ce que nous savions déjà pour avoir testé
les différents niveaux de lâcheté affective qui
les caractérisaient. Avec
le temps, et grâce aux interventions nuisibles du petit malin,
la discussion tournait en ronds de plus en plus larges. Troisième
étape de notre atelier, après celle des témoignages
et celle de la politisation de nos rages, il nous fallait réfléchir
ardemment sur le type d'actions directes à envisager. Qu'est-ce
qu'on pouvait faire ? " Quoi faire? " était une question
très importante pour les miliTantes et activistes radicales que
nous sommes. Nous devions être efficaces et concrètEs. On
ricanait à se chialer dessus., lorsque soudain... un jeune homme
de ferme est passé devant les fenêtres de la maison. Les
tantes et les pédés, pourtant en plein complot révolutionnaire,
se sont soudainement transformées. Elles se sont mises à
jacasser et à picorer des yeux pleins d'étincelles dans
toutes les directions. Des petits cris stridents d'adrénaline
s'échappaient de quelques gorges. Les coeurs s'enflammaient.
Les libidos trépignaient. L'air était très agité. |
2ème épisode |
Si
le premier amour est toujours le dernier, alors pour moi ça a
été Bruno, et bref. J'aurai marché à genoux
pour lui, moi qui ne crois pas en dieu. Je lui pardonnais tout, et le
reste, moi qui était intransigeant. Je l'aimais aveuglément,
moi qui porte des lunettes. On s'embrassait en cachette, on se tenait
la main en cachette, on se regardait en cachette parce que nos yeux
parlaient sans faire de bruit, on dormait et on baisait en cachette.
Nos amours étaient notre jardin secret, ce qui les embellissait
davantage.
J'aurai préféré mourir déchiqueté dans un crash de bagnole avec lui plutôt que de supporter chacune de ses absences. Il m'amenait au lycée en DS super frime. J'allais le chercher à son boulot à pied. Il vivait chez mes parents où rien ne devait paraître. Absolument rien. Rien de rien. Puis un jour, on s'est fait griller. On s'est pieuté ensemble et on s'est pas réveillé à temps... Il a fallu deux jours pour qu'une guerre hétérohystérique se déclare ouvertement à la maison. Bruno a été foutu à la porte. Je suis parti avec lui... Je n'ai,
donc, guère eu de problème à faire mon coming-out
auprès de celles et ceux qui m'ont servi de famille. Enfin !
Aujourd'hui, j'ai décidé de faire mon coming-out à
la planète entière, à toutes celles et tous ceux
qui lisent BangBang : |
3ème épisode |
Il y a
quelques années, je me suis acheté un dictaphone dans
un hyper marché. J'ai pris le moins cher puisque je suis RMiste
et que je dépense la moitié de mon argent social dans
l'alcoolisme ordinaire. ...Un mois
plus tard, le 11 novembre, journée des mutilés : La construction
du masculin et du féminin dépendent de notre culture,
de notre éducation. Un des participants a grandi avec une mère
autoritaire et un père plus sensible, les rôles étaient
plus ou moins inversés. Difficile pour lui de capter ce qui
est masculin et féminin même si des grandes lignes s'en
dessinent. Il s'est rarement fait traiter de pédé pendant
son adolescence. Il ne s'est jamais battu, n'a jamais ressenti d'agressivité,
ne se sent pas machiste. Il ne ressent pas le besoin de se travestir.
Par contre, l'histoire des transgenres l'intéresse plus. La camarade
folle raconte qu'elle est sortie plus souvent avec des mecs virils
que folles, que c'est une très grande contradiction pour elle.
Je lui dis que pour moi c'est plus agréable d'être avec
un garçon masculin, qui paraît être sûr de
lui, que c'est extrêmement reposant, ou du moins que ça
me reposerait car ça ne m'arrive jamais (en tout cas, pas assez
souvent). Que l'assurance de l'autre n'est qu'une impression. Que
de paraître assuré n'est pas forcément du machisme. Le souffle
de ma cassette souffle très fort. On parle de la non-mixité
de La Croisière. Que là, on n'a pas besoin de tout expliquer.
Qu'on se comprend plus facilement. Que de vivre ensemble, c'est vachement
bien. Que la mixité c'est consensuel, surtout pour nous d'ailleurs. C'est fini. 11 novembre 2000 |
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