Courrier de |
Chère Rédactrice de Lirio, je ne veux pas continuer
à écrire pour le BB qui est un journal épatant et
que je pense super utile et intéressant. Mais après y avoir
lu les réactions violentes que mes propos ont suscitées
(c'est plus le ton qui m'a choqué que le contenu des critiques
qui ont leurs raisons), j'ai l'impression qu'il manque à ses animateurs
la volonté d'écouter les autres, de se demander si l'article
tel qu'ils l'ont compris correspond vraiment à ce que l'auteur
a voulu dire, de reconnaître à celui-ci le droit de se tromper
sans être excommunié ou d'avoir des convictions différentes,
dans le respect de l'autre. Je comprends qu'il y a chez certains un vécu
si douloureux que certains mots, ou simplement des questions, les crispent
au point de fermer toutes les portes du dialogue et de susciter l'injure.
Alors pourquoi essayer de forcer ces portes? Ceux qui veulent dialoguer
le peuvent sans passer par BB. Nous savons tous où nous habitons.
Ce n'est qu'avec l'ennemi qui poursuit des objectifs diamétralement
opposés comme les tenants de l'OMC que l'on ne dialogue plus. Et
si je suis perçu comme tel, je ne vois pas pourquoi chercher à
me justifier. Ce que j'ai personnellement regretté, c'est que tu
n'aies pas réagi à ce que j'ai écrit, en me parlant,
mais en écrivant. J'ai compris cela comme un refus de dialogue
qui, venant de toi, m'a fait mal, car je croyais que tu me connaissais
suffisamment bien pour vouloir m'interpeller personnellement, en toute
amitié. Mais peut-être que chez toi aussi, il y a des choses
que tu n'es pas prêt de discuter. C'est pour cela que je crois qu'il
y a comme un fossé infranchissable entre les besoins d'un havre
protégé, dans lequel certaines discussions sont perçues
comme des flèches empoisonnées, qu'exprime ce journal et
mon besoin, à moi, d'être avec des gens qui veulent écouter
à tout le moins ceux que nous estimons animés d'un minimum
de bonne foi, avant de les juger ou qui partagent ma conviction que l'exclusion,
si elle protège un instant, ne contribue pas à faire changer
le monde et conduit au contraire les exclus à continuer à
faire des conneries. Car il est trop facile de dire que ces gens que nous
condamnons sont tous incapables de changer ou de comprendre. On n'est
pas né con ou délinquant. Il existe dans la tête de
beaucoup de gens des déserts d'ignorance où les tempêtes
les plus destructrices font des ravages sans entraves alors que des discussions,
dans le respect de l'autre, seraient capables d'y faire pousser des forêts
animées de nymphes et pleines de fruits savoureux (c'est peut-être
un peu pompeux, mais tant pis). |
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